Après des années d’atermoiement, la monnaie unique de la CEDEAO va enfin voir le jour. L’Eco qui est destiné à remplacer le CFA et toutes les autres monnaies nationales de la zone, sera mis en circulation dès 2027. C’est ce qu’a décidé le sommet des chefs d’Etat et de gouvernent réunis les 18 et 19 juillet 2026, en Sierra Leone.
Ce projet date de 2009 et sa mise en œuvre était prévue pour 2020, mais il a connu bien de soubresauts dans son cheminement. A Freetown, les chefs d’Etat et de gouvernement de la CEDEAO ont pris la décision de se jeter à l’eau.
Mais les montagnes à déplacer ou à contourner, sont encore là. Le premier obstacle est celui du respect des critères d’inflation et de déficit budgétaire que bon nombre de pays peinent à respecter. Une approche par étapes a donc été préconisée, pour laisser aux uns et aux autres le temps d’être prêts.
Pour sa part, l’Etat ivoirien a presque déjà enfourché le cheval. « Le projet de loi autorisant le président de la République à ratifier l’accord de coopération entre les gouvernements de l’UEMOA et le gouvernement de la République française, dans le cadre de la mise en œuvre de la monnaie unique dans la région ouest africaine (Eco), a été adopté par la majorité des députés membres de la commission des relations extérieures, ce mardi 13 juillet 2026 », peut-on lire sur un site gouvernemental.
Adama Coulibaly, ministre du Plan et de l‘Economie, a expliqué le sujet aux parlementaires. « Le ministre a confié que c’est l’ensemble des chefs d’Etat africains de l’espace UEMOA qui ont pris l’initiative de réformer le franc CFA en Eco avec le soutien du partenariat de la France », peut-on encore lire. Le ministre insiste : « il n’y a pas de monnaie Eco-CEDEAO et ECO-UEMOA. Nous nous acheminons tous vers la monnaie Eco ». Le 21 décembre 2019, le président Alassane Ouattara et le chef de l’Etat français, Emmaneul macron, ont, en effet, acté la monnaie Eco sans la présence des autres dirigeants.
A entendre le ministre, il n’y a pas de changement majeur. Le franc CFA change tout simplement de nom mais reste dans les liens du « partenariat » avec la France. La seule nouveauté est donc que les autres pays de la CEDEAO qui ne sont pas de l’UEMOA viendront rejoindre les autres dans l’enclos. « On a besoin de cette garantie », a soutenu le ministre. Qui tire sa conviction et son autorité du fait que la Côte d’Ivoire se trouve au rang des économies les plus avancées de la Sous-région. Le pays aborde clairement l’Eco comme un prolongement du CFA. Il est cependant tiraillé entre la recherche d’une intégration de l’ensemble des pays de la CEDEAO et la préservation de sa stabilité macroéconomique grâce à la France. Mais à quel prix ?
Le Nigéria, autre poids lourd de la CEDEAO, craint une situation qui déséquilibrerait ses importations et ses exportations en cas de choc. Le Ghana, pour s’émanciper du FMI, a créé un Conseil budgétaire indépendant des pouvoirs politiques. Un tel gouvernement aura-t-il les coudées suffisamment franches pour abandonner sa souveraineté dont la nation est si jalouse ?
Déjà confronté à la difficulté des pays membres à respecter les conditions de convergence, l’Eco se heurte à la dualité entre les pays anglophones dotés de changes flexibles et les pays de l’UEMOA attachés à l’historique arrimage du franc CFA. La méfiance est donc de mise. Le Nigéria et le Ghana restent prudents.
L’autre épine au pied du projet de la monnaie unique Eco, est la tension qui règne entre la France et les pays de l’AES. Le Burkina Faso, le Mali et le Niger n’entreront pas facilement dans un système monétaire piloté par la France, pays avec lequel ils n’ont pas les atomes crochus. D’autant que leurs immenses réserves d’or, d’uranium, de pétrole et d’autres richesses extractives peuvent leur donner des ambitions monétaires.
Le CFA créé le 26 décembre 1945, a été mis en place pour permettre à l’empire colonial français de soutenir l’économie de la métropole. Les autres pays de la CEDEAO viennent-ils simplement pour renforcer ce dispositif ?
Paul D. Tayoro



