« Après avoir mûrement réfléchi, j’annonce ma candidature à l’élection présidentielle de 2025 ». Le doute n’est plus permis depuis ce mardi29 juillet 2025. L’information, fiévreusement attendue par les uns et redoutée par les autres, est enfin tombée. Le président du RHDP et également président de la République de Côte d’Ivoire, rempile pour un autre mandat contesté. Officiellement.
Mais cette annonce comporte quelque chose de tragique. Ce que, pour justifier l’injustifiable, d’aucuns appellent deuxième mandat de la troisième République, est vu comme un quatrième mandant alors que la Constitution n’en autorise que deux. La juxtaposition des Républiques ne réduit pas le nombre des mandats. Ce n’est rien d’autre qu’un artifice de mauvais aloi pour piétiner la Constitution et imposer un pouvoir à vie, comme si l’on était dans un royaume.
Des vidéos se promènent sur les réseaux sociaux, montrant des foules de femmes en liesse dans les marchés. Pour le journaliste Issa Sangaré Yérésso, cette candidature est « une aubaine pour consolider la stabilité, la paix et la redynamisation du décollage socio-économique amorcé ». Pourtant, tout le monde étant mortel, aucun individu ne devrait avoir, seul, le droit divin de s’éterniser au pouvoir parce que le pays a besoin de se développer. Dans un système de démocratie, chacun vient jouer sa partition avec l’accord du peuple et part.
Le développement ne peut pas être l’œuvre d’une seule personne qui y trouverait des raisons pour tordre le cou à la Constitution. Cette prise de liberté vis-à-vis de la loi est faite le jour même où une marche pacifique qui ne comporte aucun risque de débordement, est annulée par décision du préfet d’Abidjan. On déshabille Pierre pour habiller Paul ? Le débat du quatrième mandat n’est pourtant pas nouveau. Le parti n’ayant pas de cadre assez mûr pour constituer une candidature majeure, les militants du RHDP n’ont laissé aucun répit au chef de l’Etat. Le harcèlement qui dure depuis des mois a finalement poussé Alassane Ouattara à transgresser les dispositions constitutionnelles.
Le pays plonge dans l’incertitude, de nombreux faits étant réunis pour lui pourrir la vie. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la fracture va s’approfondir davantage. Alors que les délégations internationales ont défilé dans le pays pour entendre les uns et les autres tout en reconnaissant la justesse des réclamations de l’opposition, rien n’a été fait pour calmer le jeu. Cette déclaration de candidature n’est pas vraiment surprenante. Mais elle est faite dans un contexte où l’opposition, désireuse de participer à des élections transparentes et justes, a vainement frappé à toutes les portes pour réclamer un dialogue national inclusif.
La CAP-Côte d’Ivoire a même pris le risque de se briser en rencontrant le RHDP sans quelques-uns de ses membres réticents. Quelle autre preuve de bonne fois voulait-on encore ? L’annonce de cette candidature n’est pas assortie d’une promesse du dialogue politique. C’est dire que le peuple est ignoré et le festin se fait sans lui. Une lourde chape de plomb couvre le pays.
Paul D. Tayoro
DECLARATION ALASSANE OUATTARA
Mes chers compatriotes
Conformément la Constitution de la 3ème République, l’élection présidentielle aura lieu le 25 octobre 2025. Ce scrutin sera à l’occasion de confirmer une fois de plus la force de nos institutions et le renforcement de notre démocratie. Comme je l’ai indiqué à plusieurs reprises, toutes les dispositions ont été prises pour que les élections soient apaisées, démocratiques et transparentes. Je voudrais à nouveau vous rassurer que nous mettons tout en œuvre pour maintenir le climat de paix, de stabilité et de sécurité que notre pays a depuis plusieurs années.
Depuis plusieurs mois, je reçois de nombreux appels de nos compatriotes concernant ma candidature à l’élection présidentielle, des femmes et des jeunes de toutes les régions de Côte d’Ivoire, des anonymes dans nos quartiers, dans nos villes, au village. J’avais annoncé le 22 juin dernier qu’en tant que président de tous les Ivoiriens, je prendrai, après mure réflexion, une décision guidée par l’intérêt supérieur de la nation. Comme vous le savez, en mars 2020, j’avais décidé de transférer le pouvoir Amadou Gon Coulibaly. Je l’ai dit parce que je crois en l’alternance et à la transmission du pouvoir à une nouvelle génération. Je tiens aussi la parole donnée. C’est pourquoi durant toute ma carrière professionnelle et tout au long de mon action au service de l’État, j’ai fait du respect de la parole donnée un engagement.
Toutefois, les années passées à la tête de notre pays m’ont fait comprendre que le devoir peut parfois transcender la parole donnée de bonne foi. En effet, à l’occasion de ma prestation de serment, j’ai pris l’engagement de servir la Côte d’Ivoire, de la protéger, de veiller à l’unité nationale, à l’intégrité du territoire et de travailler au bien-être du peuple ivoirien. C’est pourquoi, après mure réflexion et en toute conscience, je vous annonce aujourd’hui que j’ai décidé d’être candidat à l’élection présidentielle du 25 octobre 2025.
Oui, je suis candidat parce que la Constitution de notre pays m’autorise à faire un autre mandat. Je suis candidat parce que notre pays fait face à des défis sécuritaires, économiques et monétaires sans précédent dans la gestion qui exigent de l’expérience. En effet, la menace terroriste grandit dans la sous-région et les incertitudes économiques au niveau international constituent un risque pour notre pays. C’est une réalité que personne ne peut nier. C’est une réalité que je ne peux ignorer. Je suis candidat parce que je veux que notre chère Côte d’Ivoire continue de demeurer un pays prospère en paix et en sécurité.
Mes chers compatriotes, ce nouveau mandat sera celui de la transmission générationnelle avec l’équipe que je mettrai en place. Nous pourrons consolider les acquis et nous continuerons à améliorer le quotidien de nos compatriotes, notamment donc pour œuvrer au développement afin que notre pays continue sur la voie de la paix, de la stabilité et de la prospérité.
Vous pouvez me faire confiance. Je suis déterminé à consacrer toute mon énergie à notre chère Côte d’Ivoire et à tous ses habitants. Que Dieu bénisse notre beau pays. Je vous remercie.
Alassane Ouattara



