Une dépigmentation répugnante, des lèvres rougies à l’excès et des objets disgracieux posés aux narines. La dame a cependant réussi, cette semaine, à focaliser l’attention générale sur elle avec des accusations contre l’église catholique. Elle a soutenu, dans une vidéo circulant abondamment sur les réseaux sociaux, que l’église abrite, dans une de ses paroisses, le très recherché Guillaume Soro.
L’abbé Norbert Abékan, curé de la paroisse Saint Jacques des Deux-Plateaux, a réagi pour démentir. Le service de communication de l’église de Côte d’Ivoire, également, invitant les autorités à procéder à une vérification. L’affaire est donc suffisamment grave. Et l’émoi provoqué par cette accusation a donné une image fidèle de l’état d’esprit des Ivoiriens. Ils ont les nerfs à fleur de peau et la moindre étincelle peut provoquer un brasier.
Quel peut être le mobile d’une telle action ? Que recherchait cette dame ? Risque-t-elle la prison pour accusations gratuites ? Le procureur réagira-t-il comme il l’a fait lors de la manifestation de Yopougon ? Comparaison n’étant pas raison, il convient d’adresser uniquement la situation qui donne des ailes à une étourderie pitoyable. L’instant est, en effet, délicat.
Et Blé Goudé l’a fait remarquer lors de son meeting des 10 ans du COJEP, à Yamoussoukro. Ce meeting est une première en Côte d’Ivoire. Il était payant. Les militants ont acheté leur place. Mais la Place Jean Paul-Deux, la plus grande du pays dit-on, a fait son plein de monde. Le succès était à deux niveaux. Les militants ont soutenu leur parti et la mobilisation a donné la preuve que le COJEP a de la vigueur.
Blé Goudé déclare qu’il a été injustement radié de la liste électorale. Mais il a accepté cette injustice. Il invite donc ses compagnons d’infortune à faire de même. Ce faisant, il se place dans l’alignement de l’élection apaisée. C’est sa réponse à la question de l’inclusion de l’élection. Elle ne touche malheureusement pas le découpage électoral, la liste électorale, la CEI, le code électoral, le financement des élections, la réforme constitutionnelle, la communication ou la gestion du service public de l’information et la sécurisation des élections.
Une portion de réponse n’étant pas la réponse, il faut dire que la question de l’élection apaisée reste posée. Tout comme celle de la réparation des injustices judiciaires, notamment l’aberration du quatrième mandat dont on ne s’entend pas sur la définition. Le décompte des mandats et des Républiques ridiculise nos éminents intellectuels. Mathématiciens, juristes et linguistes sont à la peine. Et le peuple, stressé, broie du noir.
Allons-nous vers une élection apaisée, morceau par morceau ? Des voix se sont déjà élevées pour réclamer le report de la Présidentielle afin de se donner le temps de bien préparer la chose avec le dialogue politique inclusif. Mais il semble qu’ici, on tient plus au respect du calendrier que du sacré. La dépigmentée de Saint Jacques a-t-elle prêché le faux pour obtenir le vrai ? La sagesse des uns et des autres nous le dira.
Paul D. Tayoro



