La filière café-cacao ivoirienne traverse une période de fortes tensions. Le maintien du prix du cacao à 1 200 FCFA le kilogramme pour la campagne de septembre 2026 suscite une vive inquiétude chez les producteurs.
Cette situation intervient après une campagne marquée par les difficultés de commercialisation et l’accumulation des stocks. Pour les planteurs, le malaise dépasse désormais la seule question du prix.
Prix du cacao : les producteurs face à une situation de plus en plus difficile
L’annonce du prix de 1 200 FCFA le kilogramme intervient dans un contexte particulièrement délicat. Lors de la campagne 2025, le tarif annoncé atteignait 2 800 FCFA le kilogramme. Beaucoup de producteurs espéraient donc une évolution plus favorable.
Le maintien du nouveau prix nourrit ainsi la frustration dans les zones de production. D’autant que certains planteurs ont déjà rencontré de sérieuses difficultés pour vendre leur cacao.
Cette question de l’écoulement des fèves reste centrale. Produire ne suffit plus lorsque les stocks s’accumulent et que la commercialisation devient compliquée. Pour les exploitants, cette situation fragilise directement les revenus des familles.
La pression financière est d’autant plus forte que les dépenses restent nombreuses. Scolarité des enfants, alimentation, santé, main-d’œuvre et entretien des plantations pèsent sur des revenus déjà fragiles.
À cela s’ajoutent les difficultés liées aux intrants, au transport et aux infrastructures rurales. Les conditions climatiques compliquent également le travail des producteurs.
La comparaison avec d’autres pays producteurs alimente aussi les interrogations. La Côte d’Ivoire reste le premier producteur mondial de cacao, mais les planteurs observent les politiques de rémunération appliquées ailleurs en Afrique.
Le sentiment d’un décalage entre la richesse générée par le cacao et les revenus des producteurs devient donc plus marqué. C’est l’un des principaux ressorts de la contestation actuelle.
Conseil du Café-Cacao, syndicats et OIA : une filière sous tension
Face à cette situation, la gouvernance de la filière fait l’objet de critiques croissantes. Le fonctionnement du Conseil du Café-Cacao, notamment sur la gestion des stocks et la rémunération des producteurs, se retrouve au centre des discussions.
Le président du SYNAPCI, Koné Moussa, a demandé la révocation ou la démission du directeur général du Conseil du Café-Cacao. Son organisation a également annoncé un préavis de grève à partir du 16 septembre, en l’absence de réponse jugée satisfaisante.
De son côté, l’OIA, par la voix de son porte-parole Obed Blondé Doua Cacao, a appelé les acteurs à ne pas suivre les appels à la grève. L’organisation s’est également opposée à la rétention des fèves et à tout boycott susceptible, selon elle, de provoquer des tensions.
Cette opposition entre organisations illustre les divisions qui traversent actuellement la filière. Pourtant, le dialogue social reste indispensable pour éviter une aggravation du conflit.
Un autre épisode est venu compliquer davantage la situation. Thibault Yoro, président du collectif des coopératives et acheteurs et administrateur de l’OIA, affirme avoir été empêché par les forces de l’ordre de rencontrer le directeur général du Conseil du Café-Cacao le 7 août 2026.
Il souhaitait notamment présenter des propositions concernant l’enlèvement des stocks résiduels. Après cet épisode, il a annoncé sa désolidarisation de l’OIA.
Ces différents événements posent une question essentielle : comment restaurer la confiance entre les producteurs, les organisations professionnelles et les responsables de la filière ?
La réponse ne peut pas reposer uniquement sur la gestion d’une éventuelle mobilisation. Elle doit aussi s’attaquer aux causes profondes du malaise.
L’urgence concerne d’abord les stocks. Un producteur qui ne parvient pas à vendre sa récolte finit par réduire sa capacité à investir dans son exploitation.
La gouvernance constitue ensuite un autre enjeu majeur. Les résultats du Conseil du Café-Cacao doivent pouvoir être examinés avec transparence. Les dispositifs efficaces doivent être renforcés et les difficultés clairement identifiées.
La rémunération des planteurs reste également déterminante. Leur permettre de vivre correctement de leur activité est indispensable à la pérennité de la production ivoirienne.
Enfin, la question de la transparence mérite une attention particulière. Les producteurs doivent pouvoir comprendre la formation du prix et mieux mesurer la part qui leur revient dans la chaîne de valeur.
Une réponse globale attendue du gouvernement
Dans ce contexte, une concertation réunissant les principaux acteurs apparaît nécessaire. Gouvernement, ministère de tutelle, Conseil du Café-Cacao, syndicats, coopératives, producteurs, acheteurs et industriels doivent pouvoir échanger autour de solutions concrètes.
L’objectif ne devrait pas être de désigner des responsables à tout prix. Il doit être de trouver des réponses durables aux difficultés rencontrées sur le terrain.
La filière café-cacao occupe une place stratégique dans l’économie ivoirienne. Sa stabilité dépend toutefois de la capacité à maintenir les producteurs dans une activité qui reste économiquement viable.
La crise actuelle doit donc être prise comme un signal d’alerte. Le prix du cacao ne constitue qu’une partie du problème. L’écoulement des stocks, les coûts de production, la gouvernance et la redistribution de la valeur sont tout aussi importants.
Kevin AKA



