Brahima Soumahoro est le président du Syndicat des Acheteurs et Vendeurs d’Or et Diamants de Côte d’Ivoire (SAVOD-CI). Il fait, au micro d’ivoirexpress.ci, des suggestions importantes pour soutenir le gouvernement Ivoirien dans la lutte contre l’orpaillage clandestin en Côte d’Ivoire.
Présentez-nous le SAVOD-CI.
Le Syndicat des Acheteurs et Vendeurs d’Or et Diamants de Côte d’Ivoire (SAVOD-CI) a été créé légalement le 14 juin 2025. Il compte 60 bureaux d’achat et 20 autorisations (agréments). Tous les détenteurs de l’agrément et de l’autorisation sont intégrés dans la plateforme du SAVOD-CI. Le Syndicat des Acheteurs et Vendeurs d’Or et Diamants de Côte d’Ivoire a pour mission de structurer le secteur de l’orpaillage, d’encadrer ses membres et de lutter contre l’orpaillage illégal en Côte d’Ivoire.
Qu’est-ce qui a provoqué l’explosion de l’orpaillage clandestin en Côte d’Ivoire ?
En réalité, il faut dire que, de plus en plus de personnes ont commencé à s’intéresser à l’orpaillage. Et, je pense que cela est dû au pic qu’a connu le prix du kilogramme de l’or. En 2013, le prix du kilogramme de l’or qui était à 9000 FCFA, est passé à 30.000 FCFA. Aujourd’hui, le prix du kilogramme de l’or s’élève à près de 80.000 FCFA. Cet indicateur est largement suffisant à la prise de risques pour l’orpaillage illégal.
Malgré les effets néfastes de l’orpaillage clandestin, certains travaillent dans l’impunité. Qu’en pensez-vous ?
Moi, je ne dirais pas que les orpailleurs travaillent dans l’impunité. Parce que plus de 4600 personnes sont dans nos prisons à cause de l’orpaillage illégal. Vu le prix très élevé du kilogramme de l’or sur le marché international, les actions du gouvernement ne freinent pas l’ardeur des orpailleurs illégaux.
Des soupçons de complicité pèsent sur des autorités parce que les commanditaires, les sources de financement, les vendeurs, les véritables bénéficiaires ne sont pas exposés. Quel est votre avis ?
C’est une opinion de l’extérieur. Lorsque vous n’êtes pas dans une activité, vous ne pouvez pas comprendre les efforts qui sont consentis. Nous ne disons pas qu’il n’y a pas de brebis galeuses dans notre secteur d’activité. Mais dire que les autorités sont complices, je ne pense pas. En 2022, le Groupement Spécial de Lutte contre l’Orpaillage Illégal (GS-LOI) s’est attaqué aux gros bonnets, c’est-à-dire le circuit de financement de l’or. Ce qui a permis de saisir plus de 135 kilogrammes d’or et près d’un milliard de nos francs.
Mais, le constat que nous faisons, c’est que les gens s’adaptent à la réalité du terrain. Lorsque l’État prend des dispositions pour réguler le secteur minier en Côte d’Ivoire, les orpailleurs illégaux trouvent toujours des stratégies et techniques pour les contourner. C’est comme la drogue qui est quotidiennement combattue, mais les acteurs trouvent toujours des méthodes pour exercer. C’est la même chose pour l’orpaillage. Lorsque les gros bonnets ont été inquiétés, ils se sont installés dans la sous-région. Ils utilisent des canaux souterrains pour pouvoir opérer. À travers les assises nationales qui ont eu lieu à Yamoussoukro du 04 au 05 septembre 2026, l’État est en train de réfléchir à de nouvelles stratégies pour régler la problématique de l’orpaillage illégal en Côte d’Ivoire. Et, j’espère que ce phénomène sera maîtrisé.
Quelles sont vos difficultés dans l’exercice de vos activités ?
La difficulté majeure que connaît le Syndicat des Acheteurs et Vendeurs d’Or et Diamants de Côte d’Ivoire (SAVOD-CI), c’est l’orpaillage illégal. L’autre difficulté dans la pratique de l’orpaillage en Côte d’Ivoire, c’est l’acquisition des documents légaux.
Quelles sont les actions déjà menées par le SAVOD-CI pour lutter contre l’orpaillage clandestin en Côte d’Ivoire ?
Le SAVOD-CI a été créé tout récemment. À travers le déploiement de ses délégués dans les Districts, le SAVOD-CI sensibilise la population sur les inconvénients de l’orpaillage illégal., Nous avons installé nos délégués dans sept Districts sur les 13 que compte la Côte d’Ivoire, surtout dans les Districts les plus impactés par l’orpaillage illégal. Nous avons déjà sillonné des villes comme Yamoussoukro, Daloa, Bouna, Korhogo, Daoukro, Soubré, Duekoué, pour sensibiliser la population. Nous envisageons également remettre le livre blanc de la lutte contre l’orpaillage illégal aux différents préfets. L’objectif est d’approcher les autorités pour lutter ensemble contre l’orpaillage illégal.
Vous, en tant que premier responsable du SAVOD-CI, quelles sont les solutions ?
Il existe plusieurs solutions pour lutter contre l’orpaillage illégal en Côte d’Ivoire. Mais je propose deux solutions majeures. La première solution consiste à renforcer la traçabilité, c’est-à-dire permettre que les comptoirs soient directement installés sur les sites d’exploitation légaux de sorte à capter effectivement la production ivoirienne. La deuxième solution est la formalisation rapide. La formalisation rapide est le fait de donner les documents légaux aux personnes qui sont dans l’activité de l’orpaillage et qui occupent des périmètres ou sites qui ont déjà servi à l’orpaillage.
Le SAVOD-CI est en train de peaufiner le livre blanc sur l’orpaillage en Côte d’Ivoire. Ce livre blanc contient une étude sur l’orpaillage illégal avec les solutions adaptées afin d’éradiquer ce phénomène.
Entretien réalisé par César Kouakou



