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CONSERVATION FORESTIERE / LE VILLAGE DE GUIBOUO TRACE SA VOIE

Le quotidien du village de Guibouo, a pris, dans l’après-midi du dimanche 20 avril 2026, une tournure décisive pour l’avenir environnemental et socio-économique de la localité. Réunis au domicile du professeur Any Désiré, habitants, notables, femmes, jeunes et cadres locaux ont participé à une consultation sociologique conduite par des experts mandatés par la Coopération allemande GIZ.

Au cœur des échanges : le projet de classement de la forêt « Môblotchétchè » en réserve naturelle volontaire. Dès l’ouverture, le chef du village a insisté sur la représentativité de l’assemblée, réunissant toutes les composantes ethnosociologiques, gage, selon lui, d’une consultation « complète et légitime ».

Face à cette communauté mobilisée, Franck Bié a dressé un constat alarmant : en quelques décennies, la Côte d’Ivoire a perdu près de 80 % de son couvert forestier, passant d’environ 16 millions d’hectares à moins de 3 millions aujourd’hui. Une dégradation aux conséquences visibles : dérèglement climatique, raréfaction des pluies et hausse des températures.
Dans ce contexte, la création de réserves naturelles volontaires apparaît comme un levier stratégique. Encadré par la législation ivoirienne depuis 2012, ce dispositif permet à des propriétaires privés – individus, familles ou villages – de conserver leurs forêts tout en les intégrant au patrimoine protégé de l’État.

« Certaines activités seront autorisées, d’autres strictement interdites », a précisé l’expert, insistant sur la nécessité d’un dialogue franc pour bâtir un plan de gestion adapté.
La population de Guibouo n’a pas hésité à donner son aval. La famille Tchédjélé, détentrice du site, s’est engagée à mettre à disposition cette forêt pour un projet à vocation environnementale et éducative, en lien avec l’UNESCO.

Mais cet engagement s’accompagne d’attentes concrètes. Les habitants réclament en priorité la construction d’un pont sur la rivière Guéri, condition essentielle pour accéder à la forêt, désenclaver le village et faciliter l’écoulement des productions agricoles vers la sous-préfecture de Dougroupalégnoa. Les femmes, quant à elles, ont plaidé pour un marché moderne et un château d’eau, dans un contexte où l’accès à l’eau potable demeure critique.


Pour le professeur Any Désiré, initiateur du projet, l’enjeu dépasse la simple conservation. Sur les 84 hectares préservés, dont 30 dédiés à l’UNESCO, il ambitionne la création d’une unité de recherche en agroforesterie et en savoirs endogènes. « Il ne s’agit pas seulement de protéger, mais de construire un pont entre développement local et durabilité », a-t-il expliqué, évoquant même la nécessité d’un « pont culturel » pour renforcer les capacités locales.


A l’issue des échanges, les consultants ont annoncé la rédaction d’un rapport intégré au futur plan simple de gestion, document clé pour le classement officiel. Grâce à l’obtention du certificat foncier, étape souvent bloquante ailleurs, le processus pourrait aboutir rapidement sous l’égide du préfet de Gagnoa.

Objectif affiché : décrocher l’arrêté ministériel avant septembre 2026. Pour Guibouo, l’heure est désormais à la transformation d’un engagement collectif en modèle de durabilité.

Bernard Delarose

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