L’impunité et l’incivisme, qui caractérisent la gestion des entreprises publiques de la Côte d’Ivoire, ont été mis en lumière le jeudi 16 avril 2026, à l’occasion d’une rencontre entre Mariatou Koné, ministre du Portefeuille de l’Etat et des entreprises publiques, avec 87 entreprises publiques réunies pour une « rencontre-bilan ». En 2025, le chiffre d’affaires du portefeuille public ivoirien était de 4.728 milliards FCFA.
Le constat est effarant. 40,4% des entreprises publiques transmettent leurs projets de budget hors délais réglementaires. Plus de la moitié ne communiquent pas les matrices de suivi des recommandations issues des audits. Des entreprises et agences sans plan stratégique de développement adopté. C’est le flou total. Un flou qui, en réalité, est du pain béni pour les personnes choisies pour gérer les biens publics mais qui se sont érigées en pilleurs.
L’absence de rapports garantissant l’impunité des détourneurs, près de la moitié de ces entreprises avancent à pas d’escargot vers la performance. Mariatou Koné a saisi l’occasion pour exposer sa vision. « Faire des entreprises publiques ivoiriennes une référence en matière de gouvernance, de performance et de contribution au développement national ». Elle assure que l’Etat entend jouer pleinement son rôle d’actionnaire stratège, responsable et exigeant.
La mal gouvernance dans laquelle certains dirigeants se sont installés, doit être brisée. Le Directeur général du portefeuille de l’Etat plante donc le décor pour cette journée d’échanges. « C’est par la qualité du dialogue que nous renforcerons la cohérence et l’efficacité de notre action collective ». Il prône donc une lecture transparente des faits : les acquis, les progressions, les faiblesses, etc.
Plusieurs réformes ont pourtant été engagées ces dernières années pour promouvoir l’excellence. Notamment la généralisation des contrats de performance, le renforcement des dispositifs de d’évaluation et l’intensification des audits. Mais près de la moitié des dirigeants des entreprises publiques réussissent à passer entre les mailles du filet.
La direction générale du Portefeuille de l’Etat va donc déployer 12 initiatives nouvelles ainsi que 22 chantiers prioritaires couvrant la gouvernance, le capital humain et les outils de pilotage. Entre autres objectifs, constituer un vivier d’administrateurs indépendants, standardiser des procédures d’intégration, assurer la formation continue et l’évaluation rigoureuse des dirigeants.
Mariatou Koné qui met le pied à l’étrier, promet l’organisation, dans les prochaines semaines, d’un atelier d’alignement stratégique avec les entreprises publiques, en lien avec les tutelles techniques. Il faut sauver la bonne gouvernance.
Paul D. Tayoro



