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NOUCHI OU FRANÇAIS : FAUT-IL S’INQUIÉTER POUR LA JEUNESSE IVOIRIENNE ?

Le nouchi est partout en Côte d’Ivoire. Il inspire la rue, les médias et la publicité. Mais jusqu’où peut-il aller sans fragiliser le français ? Le journaliste culturel de Fratmat, Serge N’Guessan, a relancé le débat sur sa page Facebook, ce 13 octobre 2026.

Une conversation entre étudiants qui pose question

Tout part d’une scène banale, vécue dans un restaurant. Le journaliste y croise cinq étudiants en Master, assis à la table voisine. Il ne dira rien de leur filière.

Pendant près d’une heure, il tend l’oreille. Son constat est net : pas une seule phrase correcte en français. Leurs échanges se font presque entièrement en nouchi.

Cela lui rappelle sa propre scolarité. À l’époque, les élèves qui parlaient mal français portaient le « symbole », un collier orné d’une grosse carcasse d’escargot. Une méthode rudimentaire, mais dissuasive. Si elle existait encore, glisse-t-il, bien des cous seraient chargés aujourd’hui.

Serge N’Guessan ne s’en prend pas au nouchi. Il y voit au contraire une belle expression de la créativité et de l’identité ivoiriennes. Il craint seulement qu’on en généralise l’usage au point d’affaiblir le français chez une partie des jeunes.

Quand le langage populaire s’impose partout

Selon lui, le phénomène ne se limite plus aux cours de récréation. Il touche les écoles, les universités, les administrations et les entreprises. Il s’invite aussi sur les réseaux sociaux.

Les médias y contribuent parfois. Journalistes, animateurs et chroniqueurs s’en servent régulièrement dans leurs émissions. La publicité fait de même : affiches, slogans et spots misent sur le parler populaire pour créer de la complicité avec le public.

Le journaliste reconnaît que cette évolution n’a rien de condamnable. Le nouchi rassemble, amuse et innove. Il fait désormais partie du patrimoine culturel contemporain du pays.

Le problème surgit ailleurs. Il apparaît quand le registre familier devient le seul que l’on maîtrise. Serge N’Guessan rappelle que le taux d’alphabétisation avoisine les 40 % en Côte d’Ivoire, ce qui rend le risque plus sensible.

Or le français reste la langue de l’école, des examens, des concours, de l’administration et des contrats. Bien le parler, c’est donc un levier d’insertion et d’émancipation.

Apprendre à changer de registre

Pas question, pour l’auteur, d’interdire l’argot. Il propose plutôt d’enseigner aux jeunes à adapter leur langage. Le nouchi entre amis, un français correct à l’école, à l’université, dans l’administration ou au travail.

Il le résume ainsi : une langue populaire enrichit une société, mais elle ne doit pas servir d’excuse pour délaisser la langue d’enseignement.

Kevin AKA

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