C’est un secret de polichinelle que de savoir que l’enseignement en Côte d’Ivoire traîne depuis des lustres de nombreuses casseroles. L’une de ces casseroles les plus bruyantes dans le silence assourdissant est le commerce institué et institutionnalisé qui se pratique autour des cours parallèles appelés, de façon cynique, « cours de renforcement » devenus des cours obligatoires pour tous les niveaux du cursus scolaire. Par son silence et son impuissance, le ministère se rend-il complice de ce commerce odieux et honteux qui a cours dans les établissements scolaires et secondaires ?
Disons-le tout net. Les autorités en charge du ministère de l’Education nationale, par « leur mutisme et leur cécité », se font complices du commerce hideux qui se développe dans les établissements scolaires. Et pourtant, « l’école est gratuite », fait-on savoir du côté du ministère de l’éducation nationale dont le rôle principal est de garantir une éducation et un enseignement de qualité et équitable pour tous les enfants de ce pays. Sans discrimination sociale. Cela sous-entend que l’enseignant tienne compte d’un programme avec un emploi de temps bien pensé et établi respectant le quantum horaire selon les règles établis par l’Unesco et selon les niveaux d’étude.
Et les inspecteurs généraux, les directeurs régionaux et les inspecteurs d’enseignement primaire et préscolaire, dans leurs missions régaliennes, devraient pouvoir veiller au respect de la progression dans les programmes. Malheureusement tel ne semble pas être le cas. « C’est bien plus souvent que certains professeurs sont en retard de trois ou même cinq chapitres sur le programme. Vous verrez qu’un professeur est encore au premier chapitre même à la fin du second trimestre. Alors il est obligé de faire des cours de rattrapage pour combler le retard accumulé et des cours de renforcement payants pour expliquer des leçons survolées. Et c’est malheureux », explique un ancien membre de cabinet du ministère de l’éducation nationale et de l’alphabétisation qui a requis l’anonymat.
Ce qui intrigue et interpelle le plus la conscience collective, ce sont les cours de renforcement dispensés aux tout petits du primaire. Du cours préparatoire première année (CP1) à la classe de terminale (second cycle du secondaire), chaque enseignant intègre à son programme d’enseignement, des cours de renforcement. Devenus obligatoires et payants. Une occasion pour soutirer de l’argent aux parents qui ploient déjà sous le poids de la cherté de la vie. Les enseignants du primaire ont pris goût au système de racket voilé et institué.
Un vrai commerce déguisé qui fait obligation aux parents de l’élève en classe de CP1 par exemple de débourser la coquette somme de cinq mille francs (5000FCFA) par enfant et par mois. Dame K.A.J. qui a deux tout petits inscrits au CP2 et au CM1 dans une école primaire privée à Yamoussoukro est désemparée. « Les enseignants retiennent les enfants les soirs après l’heure normale de descente. Je me demande bien ce quels cours ils n’ont pas bien expliqué et qu’est-ce qu’ils ont à renforcer à ce bas niveau. Nous sommes obligés de payer 5000Fcfa par écolier. Si tu ne le fais pas, l’enfant sera ignoré dans la classe par le maître. La ministre doit mettre de l’ordre ».
Cet autre enseignant à la retraite, Kouadio K.G est formel : « Les cours de renforcement ne sont pas à condamner s’ils servent à renforcer les capacités de l’élève. Mais essentiellement les élèves qui sont en classe d’examen : la 3ème et la Terminale. Au lycée de Korhogo nous faisions des cours de renforcement pour renforcer les capacités des élèves et pour mieux expliquer les cours qu’ils n’avaient pas bien assimilés. Nous travaillions avec des volontaires. Et ils se cotisaient pour payer les boîtes de craie. Pas plus. C’est vrai, et c’est malheureux, nos jeunes frères font des cours de renforcement des cours obligatoires pour tout le monde. Parce qu’au final, ils tiennent la calculatrice à la main chaque fin de mois ».
Malgré l’amélioration des salaires des travailleurs, la pratique des cours de renforcement est un moyen sûr de clôturer la fin de mois pour l’enseignant. Qui use de cette pratique pour racketter les parents d’élèves sans défense et sans protection. Le « stylo rouge » n’est-il pas un moyen puissant de coercition ? Est-il concevable qu’un enfant de CP1 encore plus des classes intermédiaires soient soumis à des heures supplémentaires en dehors des heures normales de classe ?
Les cours de renforcement ou « les renfos » sont sus de tous les maillons de la chaîne : les inspecteurs d’enseignement primaire et préscolaire, les directeurs régionaux de l’Education nationale et de l’alphabétisation, les inspecteurs généraux, la Ministre et son cabinet parce que c’est un secret de polichinelle. Au moment où les parents font face à la cherté de la vie et où l’Etat veut rendre l’Education obligatoire, ces pratiques qui n’honorent pas les enseignants doivent être vigoureusement dénoncées et cessées. Et maintenant. Un bon enseignant, n’a pas besoin d’heures supplémentaires pour respecter son emploi de temps et faire passer son message. A moins qu’on vienne à l’enseignement pour racketter impunément les parents.
Le Ministère doit circonscrire les cours de renforcement aux seules classes d’examen et éviter de se faire complice par son impuissance à mettre le holà.
Délon’s Zadé



