Il est indéniable que la date du samedi 9 août 2025 restera gravée en lettre de granite dans les annales de l’histoire récente de la Côte d’Ivoire. Depuis que le RHDP est au pouvoir, c’est bien la première fois que l’opposition, dans une marche que l’on ne vendait pas chère, se livre à une telle démonstration de force. La guerre des chiffres n’a pas manqué.
Mais l’honnêteté exige de reconnaître que le PDCI-RDA et le PPA-CI ont réussi une mobilisation qui n’a rien à envier à celle observée à Bouaké, à l’occasion de la Fête de l’indépendance. Comparaison n’est pas raison, mais les circonstances sont différentes, et l’un n’a pas les mêmes moyens que l’autre. De plus, les Ivoiriens savent depuis longtemps qu’un homme politique ne peut véritablement être déclaré « adulé par le peuple » que lorsqu’il n’est plus au pouvoir. Cela devrait donner à réfléchir au pouvoir.
A quelques semaines de la Présidentielle, l’opposition lutte encore pour obtenir une élection transparente, inclusive et démocratique. Les marches et les settings sont justement un moyen légal pour se faire entendre. L’opposition ivoirienne étant plurielle, il faut désormais, en plus de la CAP-Côte d’Ivoire, compter avec le Front commun. L’organisation conduite par Simone Ehivet Gbagbo préconise, depuis longtemps, un dialogue politique qui mettrait face à face gouvernement, partis politiques et organisations de la société civile afin de décortiquer les problèmes qui minent l’environnement électoral et rendent peu probables des élections apaisées pourtant réclamées par tous.
En tant qu’organisation, la CAP-Côte d’Ivoire n’a pas pris part à la marche organisée par le Front commun. Tout comme le PPA-CI, second membre de la paire qui constitue le Front commun avec le PDCI-RDA, avait refusé de se joindre à la CAP-Côte d’Ivoire lors de son meeting du 31 mai 2025. Ainsi que bien d’autres occasions ainsi ratées. Les revendications se ressemblent pourtant. Celles de la CAP-Côte d’Ivoire se résument en huit points, à savoir la réforme de la CEI, la réforme du découpage électoral, la réforme du code électoral, la réforme du processus électoral, la réforme du financement électoral, la réforme de la communication électorale, la loi d’amnistie et les réformes constitutionnelles induites.
Il est clairement visible que la réclamation de la loi d’amnistie présentée par Simone Gbagbo, vise à ramener Laurent Gbagbo et Tidjane Thiam dans le jeu électoral. C’est donc pour eux qu’elle le réclame. Comme elle le disait elle-même, « l’opposition parle d’une même voix sans parler d’une seule voix ». Ce magnifique jeu de mots traduit pourtant un drame qui pourrait éloigner la réalisation des rêves de changement.
La CAP-Côte d’Ivoire, sans une partie de ses membres, a choisi de parler avec le RHDP pour aboutir au dialogue politique. Le Front commun, lui, bande les muscles dans la rue. Pour le même résultat escompté. On a vu tout cela. Et maintenant, on fait quoi ? La situation actuelle s’apparente à un entonnoir qui ne doit absolument pas se trouver bouché et qui doit laisser passer les flots d’espoir entretenu par le peuple.
Paul D. Tayoro



