Touré Famah est le président de la Chambre de commerce et d’industrie de Côte d’Ivoire. Il ingénieur agronome de formation, diplômé des hautes études d’assurance à Yaoundé, médiateur professionnel et administrateur certifié de Science Po dans la gouvernance des entreprises. Dans cette interview exclusive, il décrit le tableau de l’industrie ivoirienne et présente ses perspectives heureuses.
Quel est le rôle de la Chambre de commerce et d’industrie ?
La Chambre de commerce et d’industrie est une institution publique représentant les intérêts des entreprises ivoiriennes qui a quatre principales missions. D’abord, la mission de consultation et de représentation qui consiste à représenter les acteurs économiques, les services du commerce, de l’industrie et les services d’une manière générale, je veux parler des assurances, du transit, des banques, etc.
Ensuite, nous avons pour mission de former. Il y a la formation initiale, continue, par alternance, conforme aux besoins des entreprises, puis la mission la mission d’appui aux entreprises qui consiste à offrir des services aux entreprises dans le but de les aider à améliorer leurs performances au plan local et international. Enfin, nous avons la mission de création et de gestion d’infrastructures et services d’intérêt général. La gestion d’infrastructures à caractère collectif telles que les ports, les gares routières, les magasins généraux, les stocks et entrepôts, les salles publiques, les services de peseurs gérés, les cours arbitrales.
Pour tout dire, la Chambre de commerce et d’industrie a été instituée pour accompagner et soutenir les entreprises dans leur développement, promouvoir l’investissement et l’entrepreneuriat en Côte d’Ivoire. On facilite le dialogue entre les autorités publiques et le secteur privé. La Chambre offre des formations et du renforcement de capacités aux entrepreneurs et cadres d’entreprises. Elle fournit des services d’appui aux entreprises comme des études de marché, mise en réseau, conseils juridiques et fiscaux.
Quelle est la différence entre la Chambre de commerce et d’industrie et la Confédération générale des entreprises de Côte d’Ivoire, CGECI ? Etes-vous concurrentes ou complémentaires ?
La Chambre de commerce et d’industrie de Côte d’Ivoire, comme je l’ai indiqué, est une institution publique gérée par le secteur privé. Elle a été mise en place à travers un décret du président de la République. Quant à la CGECI, c’est une confédération générale d’entreprises, une organisation patronale régie par la loi sur les associations. Elle est un regroupement d’associations d’entreprises de plusieurs secteurs de l’économie ivoirienne. La Chambre de commerce et d’industrie a une mission de service public représentant le secteur privé tandis que la CGECI représente spécifiquement une association d’entreprises du secteur privé formel. Donc, je dirai que c’est une complémentarité. Mais la Chambre a en son sein toutes les structures qui ont une activité commerciale, industrielle et de service.
La Chambre n’empêche pas que d’autres associations se créent à travers les petites et moyennes entreprises, les grandes entreprises, les différents secteurs comme les industriels, les agroindustriels, les pisciculteurs, etc. Mais tous se retrouvent dans la Chambre de commerce et d’industrie. Nous intégrons tout le monde selon la vision de nos autorités. Le décret est clair : tous ceux qui ont activité commerciale, industrielle et de service sont considérés comme des ressortissants de la Chambre de commerce et d’industrie. D’ailleurs, nous avons trois chambres nationales : La Chambre de commerce et d’industrie, la Chambre d’agriculture et la Chambre des métiers. Les chambres institutionnelles, nationales, sont ces trois chambres.
Quelles sont les grands projets que vous portez pour l’industrie ivoirienne en cette année 2025 ?
En juillet 2024, nous avons organisé un séminaire par rapport à notre mandature 2023-2029, à Yamoussoukro, afin d’adopter une vision et des axes stratégiques. Cette occasion nous a permis de mettre en place une liste de projets structurants. Et nous avons désigné un Vice-président des projets. Ces projets sont de deux ordres. Le premier groupe de projets concerne les infrastructures et le second, l’organisation d’évènements à caractère économique comme des colloques, des foires, des salons, etc. La caractéristique majeure de nos projets, c’est la capacité à mettre à la disposition de la Chambre de commerce et d’industrie un instrument de promotion et d’appui aux entreprises tout en procurant à notre institution des ressources additionnelles qui lui permettront de renforcer son champ d’action.
Aujourd’hui, en Côte d’Ivoire, que pèse l’industrie ?
L’industrie représente environ 25% du Produit intérieur brut ivoirien et joue un rôle clé dans l’économie nationale. Elle est dominée par l’agro-industrie avec la transformation du cacao, du café, de l’anacarde et de l’huile de palme. L’industrie chimique et pharmaceutique est en pleine expansion, et le textile, la cimenterie et la métallurgie participent au développement des infrastructures du pays.
Le secteur de l’industrie dispose d’une grande marge de progression compte tenu du niveau relativement faible du taux de transformation des produits agricoles. Elle a également un important effet structurant sur l’économie. L’industrie est le principal client des produits agricoles dont elle accroit la valeur ajoutée. Elle met aussi à disposition des produits finis de grande valeur tout en distribuant des salaires décents par rapport à la main-d’œuvre.
Une des difficultés des investisseurs, ce sont les terrains industriels. Quelles sont les initiatives pour y remédier ?
Effectivement, une des difficultés des investisseurs, c’est l’acquisition de terrains industriels. Pour faciliter l’accès aux terrains industriels, plusieurs actions sont mises en œuvre. Développement de nouvelles zones industrielles à PK 24, San Pedro, Bouaké, Korhogo, etc. L’Etat a entrepris des démarches d’acquisition de vastes étendues de terres qui abritent les zones industrielles et agropoles afin de faciliter l’installation des investisseurs. Il y a aussi la mise en place d’un guichet unique pour accélérer l’octroi de terrains industriels. Des partenariats public-privé existent pour créer des espaces industriels modernes et équipées. Mais, hormis les terrains industriels, d’autres difficultés sont rencontrées par les industriels sur lesquelles nous sommes en train de réfléchir.
Quelles sont ces difficultés ?
Les principaux défis auxquels font face les investisseurs sont l’aménagement insuffisant des zones industrielles, le coût élevé de l’énergie qui impacte la compétitivité des industries, la lourdeur administrative et fiscale qui nécessite une simplification des démarches, l’insuffisance de main-d’œuvre qualifiée qui nécessite une amélioration de la formation technique et une adaptation formation-métier, l’insécurité foncière avec des conflits sur la propriété des terrains.
Nous avons connu des villes comme Bouaké qui étaient très fournies en entreprises industrielles. Aujourd’hui, il n’y en a presque plus. Quelles solutions pour récréer l’attractivité industrielle de ces villes de l’intérieur ?
Plusieurs mesures sont envisagées pour redynamiser l’industrie en dehors d’Abidjan. Il y a des incitations fiscales pour les entreprises industrielles qui acceptent de s’installer à l’intérieur du pays – des exonérations fiscales sont prévues – l’aménagement de nouvelles zones industrielles à Bouaké, Korhogo, San Pedro, etc., où nous-mêmes par anticipation, nous nous sommes inscrits pour appuyer et accompagner nos entrepreneurs qui ont des entreprises industrielles. Et puis, il y a les investissements dans les infrastructures routes, énergie, logistique, formation, qualification de la main-d’œuvre locale pour répondre aux besoins des industries. Il y a aussi la promotion des villes secondaires comme des hubs industriels attractifs.
Les entreprises sont-elles de plus en plus intéressées à s’inscrire à la Chambre de commerce et d’industrie avec toutes les mesures que vous portez ?
Vous savez, la Chambre de commerce et d’industrie a été créée depuis 1908, le premier siège était à Grand-Bassam. Tout le monde est considéré comme ressortissants de la Chambre, en tout cas ceux qui ont une activité commerciale, industrielle et de service. Et chaque jour, nous recevons des entreprises, des chefs d’entreprises qui viennent s’immatriculer, le nombre va croissant parce que la Chambre a toujours un service à présenter aux nouvelles entreprises et aux investisseurs.
Je vous rappelle qu’il n’y avait pas d’organisation du patronat à l’époque. Tout tournait autour de la Chambre de commerce et d’industrie. A l’époque, les deux étaient séparées. Il y avait la Chambre de commerce et la Chambre d’industrie. C’est depuis 1992 que les deux structures ont été mises ensemble. Donc, tout ce qui tourne autour du secteur privé concernant ces différentes activités, même le transport, tout le monde se retrouvait soit à la Chambre de commerce, soit à la Chambre d’industrie. D’ailleurs, des structures étatiques comme le CEPICI ont commencé ici.
Et nous avons en notre sein la Cour d’arbitrage, on parle maintenant de médiation et de négociation pour aider les entreprises à régler les différends qui les opposent pour ne pas perdre trop de temps dans les tribunaux et autres, et pouvoir arranger certaines situations entre elles. Donc, les entreprises qui ont besoin de visibilité, qui ont besoin d’être accompagnées sont intéressées par être présentes à la Chambre de commerce et d’industrie, participer à nos activités, à tout ce que nous entreprenons comme voyage, comme participation à des forums, à des foires.
A ce niveau, il y a un certain dynamisme qui fait que tous les jours nous avons des activités auxquelles participent les entrepreneurs. Et quelquefois je suis représenté parce qu’il n’y a pas que le président, il y a un Vice-président, un bureau et une assemblée. Cette assemblée est composée de 102 élus. Ces 102 élus ont des activités à Abidjan, bien sûr, et dans les régions. Nous sommes représentés dans les 18 régions, ce qui est extrêmement important. La plupart des organisations, en tant qu’organisations structurées, sont à Abidjan ici. Nous, c’est même dans nos textes que cela est prévu, on a des représentations régionales, on a des sièges régionaux. Nous participons à toutes les activités dans les régions, que ce soit des activités suscitées par les autorités ou des activités suscitées par nous-mêmes dans le cadre de l’accompagnement du secteur privé.
Interview réalisée GK



