samedi, décembre 6, 2025
Google search engine
AccueilActualitéGAGOUE, MERE ET CAPITALE DE L’EGLISE DEIMA

GAGOUE, MERE ET CAPITALE DE L’EGLISE DEIMA

L’Eglise Déïma est, selon ses adeptes, la première, voire seule église chrétienne révélée de Côte d’Ivoire. Visite de son siège à Gagoué.

Un bâtiment imposant à la toiture rouge, situé en bordure de route. Aucune autre habitation dans cette zone, de ce côté de la voie qui traverse le village. Aucune autre bâtisse religieuse n’est visible à l’entour. La cour est propre et bien entretenue. Au fond, à côté du hangar, le mausolée dans lequel repose la prophétesse Baguéwlon’yo Marie Lalou, fondatrice de l’église.

La mission de l’Eglise Déïma a débuté en 1922 et c’est, selon le « Déïmaba » Gnanabé Lébi Daniel, Simplo par le baptême, la seule église révélée née en Côte d’Ivoire. Et le village de Gagoué en est le siège mondial. Il est situé à seulement un kilomètre de Niabézaria, chef-lieu de la sous-préfecture, dans le département de Lakota. Un groupe de personnes dont le « Pawaba » Brokou Zakry, Alégué par le baptême, et trois Déïmaba, discutent avec des visiteurs.

Dans cette organisation, le Pawaba est comme un Evêque chez les Catholiques et le Déïmaba, détenteur des « Forces », est le collaborateur direct du Pawaba. Le Déïmaba Simplo, enseignant dans la vie civile et curé de l’église de Gagoué, explique que la prophétesse est née Djigba Dahonon, de son nom à l’état civil. Elle est née le 10 août 1892 à Gagoué. Son ministère commence en 1922, dans la zone de Fresco, dans un village appelé Souamané, où elle était allée vivre, après la mort de son père, auprès de sa sœur aînée qui y était mariée.

Après un séjour de trois ans à Gagoué, elle retourne à Fresco, dans le village de Lobogro, où elle passe sept ans. « C’est là-bas que son travail a pris forme. Elle a été fortement combattue parce que son travail était de lutter contre la sorcellerie et tout ce qui est nuisible à l’homme. Elle a institué l’adoration du vendredi parce que c’est ce jour que le Christ a été tué. Et le dimanche est jour de bénédiction », précise le Déïmaba.

Les clefs du pouvoir

Le 15 novembre 1948, elle rencontre le député Félix Houphouët-Boigny qui est de passage à Divo, précisément au quartier Bada. Ils échangent et elle lui déclare : « je te donne les clefs du pouvoir. Mène ton combat politique et je te soutiendrai par mes prières ». En signe de leur alliance, celui qui allait devenir le premier président de la République de Côte d’Ivoire, lui remet un drapeau blanc. Ce sera l’emblème de l’église.

Mais en 1960, à l’accession du pays à l‘indépendance, ce drapeau sera remplacé par celui aux couleurs nationales, « orange-Blanc-Vert ». Il flotte dans toutes les missions Déïma. Le combat de Baguéwlon’yo Marie Lalou contre la sorcellerie et les fétiches, ne plait pas à tout le monde, bien que les contrées et les personnes délivrés vivent désormais une meilleure existence. En 1950, elle est convoquée chez le gouverneur Péchou afin qu’il l’arrête. Ne sachant ni lire ni écrire, elle réussit pourtant à convaincre le gouverneur qui lui donnera même l’autorisation d’implanter son église partout en Côte d’Ivoire.

« Ceux qui ne connaissent pas la religion Déïma pensent que nous faisions de la sorcellerie. Il n’est est rien. Au contraire, nous combattons la sorcellerie. Qu’ils viennent voir ce qui s’y passe et ils en tireront des leçons. Nous sommes l’église mère de la Côte d’Ivoire, toutes les autres sont importées », situe-t-il.

Il raconte une anecdote. « En 1999, après que des gens aient tué le cheval blanc du général Guéi, il nous a fait appel pour qu’on aille prier. J’étais le plus jeune des membres de la délégation. Le général me regarde et dit : Toi tu es trop jeune pour être Déïma. C’est pour les vieux. Je lui ai répondu que non, l’église n’est pas pour les vieillards. On y vient jeune et on y vieillit parce que l’église protège contre la sorcellerie et tout ce qui peut vous nuire. Tous les vieux que vous voyez sont arrivés jeunes. Moi aussi j’aurai leur âge », dit-il.

Contre la sorcellerie

La prophétesse est née le 10 août 1892 à Gagoué et elle est décédée le 24 janvier 1951, à Niabézaria où elle s’était établie pour prier. Elle a été ensevelie dans son village natal, dans un mausolée qui attire chaque année des centaines de pèlerins chaque 24 janvier.  Le Déïmaba Ababa Philippe, baptisé Acomte, raconte que pendant le pèlerinage, la joie est grande. C’est un moment de joie et de prières.

Konan Kouadio, baptisé Guidi Sosso, Pawaba de Bouaké, est, pour sa part, fier de sa communauté. « Nous sommes en train de construire un grand temple à Bouaké. Nous sommes presents dans tous les villages Baoulé. Dans la ville de Bouaké elle-même, nous pouvons atteindre le nombre de 300 fidèles. Cette église est celle de tous ceux qui veulent être protégés contre les méfaits de la sorcellerie », soutient-il.

Aujourd’hui, l’église Déïma est représentée dans presque toutes les régions de la Côte d’Ivoire et même dans d’autres pays, notamment le Burkina Faso où le Pawaba Ouédraogo est récemment décédé, et la France. Le Ghana, le Bénin, le Togo et l’Italie ont également des communautés Déïma. Le Pawaba invite les uns et les autres au prochain pèlerinage du 24 janvier 2026. « Je souhaite que l’Etat de Côte d’Ivoire reconnaisse cette religion comme une religion authentique et décrète le 24 janvier, jour férié comme pour la fête de Noël ».

Pour se rendre à Gagoué, il faut affronter, depuis Lakota, une vingtaine de kilomètres de route poussiéreuse et parsemée de nids de poule. Elle est encore plus difficile en période de pluies. Un projet de bitumage de cette voie est en cours. « D’ici 2027, nous aurons une route de qualité », soupire Guillaume Zabi Soko, un jeune du village, membre de l’église. Nul doute qu’ensuite, le pèlerinage sera beaucoup plus agréable.

Paul D. Tayoro (envoyé spécial)

ARTICLES RECENTS

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

- Advertisment -
Google search engine

Articles Populires

Commentaires récents

Reset password

Entrez votre adresse e-mail et nous vous enverrons un lien pour changer votre mot de passe.

Commencez avec votre compte

pour enregistrer vos maisons préférées et plus encore

Inscrivez-vous avec l'adresse e-mail

Commencez avec votre compte

pour enregistrer vos maisons préférées et plus encore

By clicking the «S'INSCRIRE» button you agree to the Conditions d'utilisation and Politique de confidentialité
Powered by Estatik