Deux prévenus se tiennent à la barre ce mercredi 23 octobre 2023. L’un est militaire des FACI, qui a décliné son numéro matricule, l’autre, une dame, photographe de son état. Les deux prévenus sont des amis de longue date. Ou du moins, la photographe est l’ex-compagne de l’ami d’enfance du soldat. Le sous-officier est à la barre pour deux faits: mise en circulation de faux billets de banque et escroquerie portant sur trois millions de FCFA.
La photographe, veuve, mère de trois enfants, est quant à elle poursuivie pour la mise en circulation de faux billets de banque, les deux sont également poursuivis pour blanchiment de capitaux.
La photographe passe à la barre la première : « J’ai eu un shooting toute la journée. Je rentrais à la maison quand j’ai reçu un coup de fil de l’ami de mon ex. Il m’invite à manger. J’en informe son ami. Il n’y trouve pas d’inconvénients », explique-t-elle.
Elle le retrouve à Angré, Petro-Ivoire. Le militaire l’embarque dans les environs du collège Victor Lobad : « Il me dit qu’il a un colis à remettre à un ami ».
Tout au long du circuit, elle dit que le militaire est resté au téléphone avec son ex-compagnon. « Une fois sur les lieux, alors que j’attends dans la voiture, deux personnes viennent à son contact. Il me remet un sachet qu’il tenait en main. Je le mets instinctivement dans mon sac sans même l’ouvrir. Je constate plus tard que le militaire et les deux personnes ont commencé à se chamailler. J’ai commandé un taxi et je suis rentrée chez moi ».
Elle dit que le lendemain, elle a été invitée à se présenter à la brigade de recherches de la Gendarmerie nationale. Les enquêteurs lui présentent une photo. Elle reconnaît le sous-officier de l’armée. Elle apprend aussi que le sachet trouvé en sa possession contenait deux millions de faux billets. Elle tombe des nues, dit-elle. Mais sa vie venait de prendre une autre courbe. Garde à vue, placée sous mandat de dépôt.
Le sous-officier tente à son tour de passage de faire avaler au tribunal que la photographe et son ex-compagnon ont monté un coup pour le couler, « par jalousie. Lasso (l’ex de la photographe) m’a demandé d’aller rencontrer un de ses amis pour récupérer 200.000 FCFA. Et sur les 200.000 FCFA, de remettre 25.000 FCFA à la dame. Je n’ai pas donné un sachet de faux billets à quelqu’un », lance-t-il. C’est alors que la photographe s’écrie : « Kanté, dis la vérité, dis la vérité un jour ».
La présidente met un point-virgule à cette première partie et appelle une jeune dame dans la salle. Elle est venue soutenir que le militaire en question a escroqué 3.987.830 FCFA à son père. Il a promis un visa pour le Canada pour l’étudiante, qui n’a jamais été obtenu. L’homme étant introuvable, une plainte avait été déposée contre lui à la brigade de recherches. Malheur pour lui, quand il s’est présenté dans le cadre de l’affaire de faux billets de banque, il a été reconnu. Toute la défense du sous-officier de l’armée s’est écroulée au pied de l’étudiante. Il n’est pas le saint qu’il prétendrait être.
Apparemment, il a tenté de négocier avec le père de l’étudiante pour le retrait de la plainte. La jeune a évoqué la question à la barre. La réponse du tribunal : « Vous avez le droit de retirer votre plainte. Mais le retrait n’annule pas les poursuites. Elles dépendent du ministère public. Si vous retirez votre plainte, vous renoncez à votre constitution de partie civile. Il ne pourra pas, en cas de condamnation, vous rembourser votre argent. Vous le souhaitez », demande la présidente du tribunal…
Cours gratuit de droit. La plaignante a compris. Elle a maintenu sa plainte.
L’affaire a été renvoyée au 30 octobre 2026 pour continuation des débats…
Fernand Dedeh



