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DE L’OR, MAIS A QUEL PRIX ? ANALYSE DES RAVAGES DE L’ORPAILLAGE ILLEGAL EN COTE D’IVOIRE

L’orpaillage illégal s’étend dans plusieurs régions de Côte d’Ivoire et bouleverse les équilibres locaux. Derrière la recherche de quelques grammes d’or, cette activité entraîne pollution, destruction des terres agricoles et tensions sociales.

Des terres agricoles transformées par l’orpaillage

Entre 2021 et 2025, le ministère des Mines, du Pétrole et de l’Énergie a recensé 4 940 sites d’orpaillage illégal dans le pays. L’ampleur du phénomène concerne désormais de nombreuses régions ivoiriennes.

Selon le ministère de l’Environnement et de la Transition écologique, environ 8 tonnes de mercure sont utilisées dans le cadre de l’exploitation minière artisanale et à petite échelle de l’or.

Cette activité ne se limite pas aux zones minières. Elle affecte également l’agriculture. Pour atteindre les filons, les exploitants creusent de profondes excavations et déplacent d’importantes quantités de terre.

À Nyam et Adonkoi, dans la région de la Mé, les habitants constatent directement cette transformation. Des parcelles autrefois consacrées aux cultures sont aujourd’hui occupées par des fosses, des remblais et des zones dépourvues de végétation, selon Elvis GOUZA.

La disparition du couvert végétal favorise aussi l’érosion. Les terrains deviennent plus difficiles à exploiter après le départ des orpailleurs. Dans certains cas, les terres agricoles ne font l’objet d’aucune véritable remise en état.

Le professeur Bernard Ossey Yapo, directeur du Centre ivoirien antipollution (CIAPOL), souligne également le problème de la contamination. Selon lui, certaines substances utilisées sur les sites peuvent rester dans l’environnement et perturber les organismes nécessaires à la fertilité des sols.

Pour les agriculteurs, les conséquences sont concrètes. Un sol compacté, érodé ou contaminé retient moins bien l’eau et les nutriments. La capacité de production des parcelles peut alors diminuer.

Mercure, pollution de l’eau et conséquences sociales

La pollution ne s’arrête pas aux sols. Les cours d’eau situés à proximité des sites sont également exposés aux rejets issus du concassage, du lavage et du traitement du minerai.

La Côte d’Ivoire compte douze bassins versants. Selon des données communiquées par le ministère des Eaux et Forêts, ils sont tous concernés par la pollution, l’orpaillage illégal étant présenté comme responsable d’une grande partie du phénomène.

Le Bandama, la Comoé, le Sassandra et le Cavally figurent parmi les principaux bassins concernés. Les eaux de ruissellement peuvent transporter les déchets miniers vers les rivières lors des pluies.

À Diasson, dans le département d’Adzopé, les habitants disent déjà subir les conséquences de cette situation. La contamination de la Mé a compliqué l’accès à l’eau et modifié les habitudes quotidiennes.

La Société de distribution d’eau de Côte d’Ivoire (SODECI) a, de son côté, alerté sur les effets de l’orpaillage clandestin et de l’utilisation de produits toxiques sur les ressources hydriques. La pollution peut notamment compliquer le fonctionnement des installations de traitement de l’eau.

Le phénomène présente aussi un risque pour la chaîne alimentaire. Lorsque les cours d’eau sont contaminés, les organismes qui y vivent peuvent être affectés. Les populations utilisant ces ressources sont alors exposées à leur tour.

Mais les conséquences de l’orpaillage illégal sont aussi sociales. Dans les zones minières, les travailleurs évoluent souvent dans des conditions difficiles. Les puits instables, les outils rudimentaires et l’absence d’équipements de protection augmentent les risques d’accidents.

Des éboulements mortels sont également signalés sur certains sites. À Adonkoi, une source évoque notamment le décès d’un jeune orpailleur après l’effondrement d’une excavation.

L’activité minière clandestine touche aussi les jeunes. Dans les villages de Nyam et d’Adonkoi, certains adolescents seraient présents sur les sites et participeraient au transport, au concassage ou au lavage du minerai.

L’attrait de revenus rapides peut ainsi encourager certains jeunes à délaisser l’école. Ce phénomène risque d’accentuer la vulnérabilité économique des communautés rurales à long terme.

L’arrivée de travailleurs autour des sites crée par ailleurs de nouvelles tensions. Les conflits peuvent concerner l’accès aux terres, les parcelles agricoles ou les espaces appartenant aux communautés villageoises.

À cela s’ajoutent d’autres risques sociaux signalés autour de certains campements : consommation d’alcool et de drogues, jeux d’argent, violences et prostitution. La concentration de populations dans des zones isolées peut également compliquer le maintien de la sécurité.

À Nyam et Adonkoi, les habitants redoutent surtout de voir ces difficultés s’installer durablement. La transformation des terres, la pollution de l’eau et les tensions autour du foncier dépassent désormais la seule question de l’exploitation de l’or.

Kevin AKA

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