La capitale nigérienne a retrouvé un semblant de normalité après les affrontements survenus dans la nuit du vendredi 28 au samedi 29 août. Mais derrière ce retour au calme, les événements pourraient fragiliser davantage les relations entre les différentes composantes des forces armées.
La tentative de mutinerie menée par des militaires issus des forces spéciales pose surtout une question : l’armée nigérienne est-elle désormais confrontée à une fracture interne ?
Une armée confrontée à de nouvelles tensions
Les affrontements ont opposé des militaires rebelles à la garde présidentielle, restée fidèle au chef de la junte, le général Abdourahamane Tiani. Les mutins seraient parvenus à prendre le contrôle d’au moins une caserne avant l’intervention de forces russes d’Africa Corps.
La garde présidentielle n’aurait pas été en mesure de gérer seule la situation. Le soutien des troupes russes aurait ainsi joué un rôle important dans la sauvegarde du pouvoir en place.
Ces événements pourraient toutefois avoir des conséquences durables. Mathias Hounkpé, politologue béninois et responsable de l’Institut électoral pour la démocratie en Afrique, estime qu’une tentative de rébellion peut être suivie de sanctions ou de purges.
Selon lui, la façon dont le pouvoir gérera les suites de la mutinerie pourrait renforcer les tensions au sein de l’armée. Il redoute également une baisse temporaire de la capacité opérationnelle des forces nigériennes.
Pour le politologue, il reste donc essentiel de comprendre les raisons qui ont poussé certains militaires à se retourner contre leurs propres collègues.
L’Alliance des États du Sahel sous pression
Un autre élément attire l’attention : l’absence apparente de la force conjointe de l’Alliance des États du Sahel (AES) durant les affrontements.
Cette unité réunit des soldats du Mali, du Niger et du Burkina Faso. Le général Tiani avait indiqué, quelques mois auparavant, qu’elle comptait plus de 5 000 hommes. Sa mission consiste notamment à combattre les groupes terroristes dans le Sahel central et à venir en aide à l’un des trois États membres en cas d’agression.
Son absence lors de cette crise à Niamey relance donc les interrogations sur son niveau de préparation et sa capacité à intervenir rapidement en cas d’urgence.
Dans le même temps, le silence du général Tiani a également marqué les esprits. Vingt-quatre heures après les affrontements, le chef de la junte n’avait toujours pas été aperçu sur le terrain. Lors de l’attaque jihadiste contre l’aéroport de Niamey en juin dernier, il s’était pourtant rendu rapidement sur place.
Faute de prise de parole du dirigeant nigérien, la télévision nationale a consacré dimanche un reportage aux relations entre le Niger et l’Algérie. Les deux pays ont récemment renoué des liens après plusieurs mois de tensions.
Alger a notamment manifesté son soutien à Niamey avec l’envoi de matériel militaire à bord de deux avions cargo. Des avions de chasse algériens ont également effectué une démonstration symbolique dans le ciel de la capitale nigérienne.
Pour l’heure, les autorités nigériennes n’ont toujours pas communiqué le bilan officiel des affrontements. Les circonstances exactes de la mutinerie et ses conséquences sur la cohésion de l’armée restent donc encore à éclaircir.
Kevin AKA



