À l’issue d’une réunion de concertation avec les clubs et l’Association des footballeurs ivoiriens (AFI) le mercredi 24 août 2022, le Comité exécutif de la Fédération ivoirienne de football (FIF) a décidé ceci : « Le salaire minimum validé pour chacun des 20 joueurs de l’effectif en Ligue 1 est de 160.000 FCFA et de 100.000 FCFA en Ligue 2 pour le même effectif ».
Se félicitant de « ces acquis », l’AFI envisageait d’œuvrer à moyen terme pour un « Smig plus considérable qui reflète les réalités du footballeur ivoirien », a-t-elle signifié l’association des footballeurs dans son communiqué du 25 août 2022. Cette résolution n’a nullement échaudé l’intérêt des footballeurs ivoiriens pour d’autres championnats africains beaucoup plus lucratifs.
Bas salaires, exode des talents
En dehors du nouveau Smig, le volet « bonus, primes à la signature et des primes de matchs » est resté inabordé. Dans les colonnes du journal Le Monde de Juillet 2024, l’agent de joueurs ivoirien Ousmane Samaké révèle que Jean Charles Ahoua a signé à Simba SC en Tanzanie pour un salaire annuel de 55,300 millions FCFA hors primes. Soit 4,6 millions FCFA par mois. Le Stella club d’Adjamé, son club, a empoché une indemnité du même montant. « C’est une opportunité qui ne se refuse pas », a-t-il déclaré.
En 2020, Wawa Serge, ancien joueur de l’Asec Mimosas affirmait dans un quotidien de sport ivoirien qu’il touchait 10 fois plus à Simba SC qu’en Côte d’Ivoire. Depuis ce moment, les footballeurs ivoiriens sont en exode permanente vers la Tanzanie, le Soudan, le Maroc, la Tunisie, la Zambie, l’Afrique du sud et l’Algérie. Certains n’ont même pas besoin de prendre l’avion. Ils franchissent simplement la frontière au pas de course pour se retrouver au Burkina Faso, en Guinée Conakry ou au Mali.
En 2023, Roger Ouégnin, le président du Conseil d’administration de l’Asec Mimosas, à propos de Kramo Aubin en partance pour le Simba SC disait : « Je ne peux pas retenir un joueur qui a reçu une proposition de salaire que je ne peux pas lui donner ici. À un moment donné, les joueurs ont besoin d’assurer l’avenir de leur famille ». Le français Pierre Lechantre, alors entraîneur de Simba SC en 2018, expliquait que « le salaire des nationaux tanzaniens partait de 983 mille FCFA à 1,6 million FCFA mais les joueurs étrangers touchaient beaucoup plus. Ainsi, le manque de compétitivité des salaires proposés dans le championnat de l’élite en Côte d’Ivoire lui a fait perdre attractivité et compétitivité.
Le spectacle décline, le public déserte les stades
La tendance des années 80 et 90 s’est inversée. En ce moment-là, l’on pouvait percevoir mensuellement plus d’1 million FCFA en club (une fortune à l’époque). L’Asec Mimosas, l’Africa Sports d’Abidjan, le Stella club ou le Stade d’Abidjan attiraient les meilleurs joueurs du continent. Désormais, ce sont les Ivoiriens qui fuient vers les pays africains ayant su révolutionner leur football. D’ailleurs, la Fédération ivoirienne de football (FIF) capte tous les sponsors au détriment des clubs qui sont en plein désarroi.
Plusieurs dirigeants passionnément prodigues ayant disparu, l’ère de la spéculation s’est ouverte. Tout joueur jeune ou aguerri qui émerge est systématiquement poussé à l’exil. Peu importe les conséquences de la boulimie sur les performances de l’équipe, au moins on peut ruser avec la faim ou la fin. « C’est cela qui fait vivre le club », avait expliqué Francis Ouégnin, le vice-président de l’Asec Mimosas devant ses supporters en colère en octobre 2025.
Le revers de la ripaille est la désertion des stades par un public désabusé du jeu insipide servi par les moins doués et les moins cotés. Il est lointain le temps des Gbizié Léon, Pascal Miezan, Oumar Ben Salah, Tiéhi Joël, Aboulaye Traoré, Sékou Bamba, Beugré Yago, Gadji Céli ou Youssouf Fofana. À leur époque, l’on devenait supporter pour se délecter des exploits d’un joueur donné. Malheureusement les génies des pelouses sont partis avec la flamme de la ferveur et les clameurs se sont tuent.
Aujourd’hui la grille de lecture du déclassement exhibe un bas niveau de championnat, gradins quasiment vides et les expéditions africaines des clubs qui finissent en immense désolation, consacrent le crépuscule des temps anciens.



