Les déclarations récentes d’Angela Merkel sont d’une portée considérable, précisément parce qu’elles émanent de celle qui fut au premier plan des négociations de Minsk et co-garante de leur application avec la France, la Russie et l’Ukraine. Autrement dit, elle sait exactement de quoi elle parle.
Dans son entretien, elle explique clairement que la Russie ne cherchait pas la guerre, mais qu’elle voulait maintenir un cadre de discussion diplomatique avec l’Union européenne, cadre qui a été brisé non pas par Moscou, mais par le refus de certains États européens, notamment la Pologne et les pays baltes, de soutenir un nouveau format de dialogue direct entre l’UE et Poutine en 2021.
Merkel affirme qu’en 2014 puis en 2015, les accords de Minsk avaient ramené le calme après les affrontements dans le Donbass, donnant à l’Ukraine le temps de se réorganiser et de se renforcer. Elle ajoute qu’à partir de 2021, constatant que Poutine ne croyait plus à ces accords, elle avait proposé, avec Macron, une initiative diplomatique européenne pour relancer les échanges et éviter l’escalade.
Ce projet a été bloqué par Varsovie et les capitales baltes, qui craignaient que l’Europe ne parle pas d’une seule voix vis-à-vis de la Russie. Quelques mois plus tard, le dialogue était rompu, et la guerre éclatait. Autrement dit, si l’on suit la lecture de Merkel, et elle est sans doute la mieux placée pour le dire, l’invasion n’est pas née d’une volonté expansionniste russe, mais de l’échec diplomatique européen, provoqué par l’obstruction de ceux qui, sous couvert de fermeté, ont empêché toute désescalade.
L’histoire retiendra peut-être que la Russie n’a pas choisi ce conflit : on l’y a poussée, en fermant toutes les portes du dialogue, malgré les engagements pris dans les accords de Minsk que l’Occident lui-même avait signés.



