Le mouvement des générations capables a organisé la quatrième édition de sa fête des libertés le samedi 2 mai 2026, à la Riviera-Golf. Au lieu des festivités populaires des éditions passées, celle-ci a été marquée par la réflexion intellectuelle.
Devant un demi-millier de personnes dont des invités de plusieurs partis politiques, des syndicalistes et des ONG, quatre panélistes ont débattu sur le thème central : « 1990-2026, 36 ans de multipartisme en Côte d’Ivoire : quelles avancées démocratiques et quelles libertés réelles pour les citoyens » ?
Dans l’interaction avec le public, deux voix ont manqué, celles du PDCI-RDA et du RHDP. Ces formations politiques qui ont pourtant fort à dire sur le thème, n’ont pas répondu à l’invitation de Simone Ehivet Gbagbo.
Le jeudi 9 avril 2026, la présidente avait personnellement effectué le déplacement pour se rendre à la Maison du PDCI-RDA afin de répondre à une invitation à participer la célébration des 80 ans du vieux parti. Sa présence avait, on s’en souvient, eu un fort effet, son nom ayant été de nombreuses fois annoncé et applaudi. Elle avait reçu les remerciements de Tidjane Thiam, le président du parti qui intervenait à distance, depuis son exil en France.
Le RHDP était également présent au siège du PDCI-RDA. Nombreux sont ceux qui y avaient vu un signe d’ouverture en vue d’un dialogue attendu entre les forces politiques.
Mais Le PDCI-RDA n’a pas rendu la politesse du MGC. Bien qu’officiellement invité, ce parti a brillé par son absence. Le RHDP, également. Le thème du panel était-il une pilule trop difficile à avaler pour eux ? Seuls Tidjane Thiam et Cissé Bacongo pourront le dire.
Selon les participants, la Fête des libertés 2026 a répondu aux attentes. De nombreux partis politiques et associations de la société civile sont venus prendre part à la réflexion. Don Mello, le COJEP, Objectif République, ICONE, le PSD, Aube Nouvelle, le GPP, le NDI (National Democratic Institute), le PPA-CI, représenté par la Vice-Vice-Présidente Angèle Boka, l’ambassade d’Egypte, la CEDEAO ainsi que de nombreux syndicats autonomes ont marqué le moment de leur présence.
« Nous voici au terme d’une journée de réflexion que je qualifie d’historique par la qualité et la profondeur des questions débattues », n’a pu s’empêcher de déclarer Simone Ehivet Gbagbo, à la fin du panel.
Il s’agissait, selon le MGC, « d’analyser de manière critique, pluridisciplinaire et prospective, les 36 années de multipartisme en Côte d’Ivoire, afin d’évaluer les avancées démocratiques et d’apprécier l’effectivité des libertés publiques ». Il est revenu au ministre Koffo Koffi Lazare de traiter le premier sous-thème : « Genèse, mutations et trajectoires du multipartisme ivoirien de 1990 à 2026 ».
Rappelant que la Côte d’Ivoire avait déjà connu le multipartisme durant la période coloniale, il a expliqué, en historien averti, les péripéties qui ont marqué ce mouvement national jusqu’en 2026. Avec de larges détails sur la vie et les actions de chaque acteur.
Dr Paul Agoubli, enseignant chercheur, a traité le thème : « Institutions démocratiques et gouvernance : entre consolidation et fragilités ». Selon lui, le nombre pléthorique des institutions ne garantit pas la démocratie dans un pays. « Ni l’idée, ni l’inflation des institutions ne suffisent à nous donner la démocratie recherchée. Partout où la démocratie est en souffrance, l’Etat est fragile », a-t-il souligné, avançant qu’en 2010, le monde entier a expliqué aux Ivoiriens qu’une élection suffirait pour avoir la paix.
On constate que l’élection ne suffit pas, il faut un Etat fort, des forces vives qui se posent des questions afin que l’Etat soit le régulateur du fonctionnement démocratique. Et c’est là que se situent les faiblesses.
Semien Eric-Aimé a traité son thème par vidéo-conférence. Il séjournait aux Etats-Unis lors de ce panel. Il n’a cependant pas déçu en traitant le thème : « Libertés publiques et citoyenneté : réalités, perceptions et limites ».
En sa qualité de Président de l’Observatoire Ivoirien des Droits de l’Homme, il est revenu sur les choix étatiques qui diluent la séparation des pouvoirs. Toute chose qui, finalement, annule les libertés publiques à cause des amalgames causés par le double-emploi.
Le Pr Traoré Dominique a travaillé sur le thème : « Prospective démocratique : quels horizons pour la Côte d’Ivoire à l’ère du pluralisme politique » ? Pour lui, aucune démocratie ne peut avancer sans des citoyens politiquement formés. « Ces dernières années, les militaires ont pris le pouvoir sur la base d’un échec politique. Faut-il dans nos pays, passer par l’épreuve du feu pour garantir la démocratie ? Je réponds NON ! », lance-t-il en demandant aux uns et aux autres de faire en sorte que le processus de démocratisation aboutisse. « Il faut reprendre notre bâton de pèlerin pour obtenir un cadre de dialogue permanent ».
Dans les interventions, la ministre Angèle Boka s’est demandée où l’on va dans cette Côte d’Ivoire où règnent le népotisme et le non-respect des institutions par les tenants du pouvoir. Don Mello a expliqué que le multipartisme n’est pas la démocratie. « C’est juste le début d’un processus qui doit aboutir à la Démocratie. Un parti non démocratique ne peut conduire un pays vers la démocratie, et un parti ne peut être démocratique que s’il est composé de démocrates. Or, la démocratie est une culture…
Il ne peut exister de démocratie sans souveraineté. La bataille pour la démocratie va donc de pair avec celle de la souveraineté ». Son souhait est d’aller vers une gauche plurielle pour réaliser l’unité et le décloisonnement afin d’engager la bataille politique.
Un rapport général ainsi que des recommandations seront produits afin de contribuer au renforcement du débat démocratique et l’amélioration de la gouvernance en Côte d’Ivoire.
Paul D. Tayoro



